Mi$$ Indép€ndance

Les temps changent, les mœurs aussi, manifestement.

D’une génération à l’autre les codes ont évolués, les gens se sont transformés.

Je me souviens des leçons de morale de ma grand-mère, des vieux, qui, sidérés par ce qu’ils voyaient passer à la télé, disaient « Thiey li », lorsque le jeune homme du film du week-end embrassait la jeune héroïne effarouchée et innocente.

« Couvrez – vous les yeux ! », nous disait-on, nous petits mioches nous donnant des coups de coudes en riant sous cape.

Aujourd’hui, la jeune héroïne n’est plus si effarouchée que ça, ni innocente d’ailleurs, de nos jours c’est plutôt le jeune homme qui aurait à rougir de la hardiesse de la jeune demoiselle.

Ma ville a changé, les gens ont changé, la réalité dépasse la fiction, elle y a puisé ses pires codes, ses plus mauvaises habitudes.

A d’autres temps, d’autres mœurs, me dira-t-on, mais ces mœurs-là me paraissent bien légères, aussi légères que les jupes portées par les demoiselles aux tresses lourdes à la Beyonce.

Avant c’était « dééddét, sama yaye daf ma ko téré », aujourd’hui c’est «yay bagn, fou mou yém nekh, défar ba mou bakh, ba mou kawé !».

La vertu s’est transformée en vice, les parents ne serrent plus la vis, préférant serrer la pince au premier (par)venu avec pleins de billets sous le pardessus.

On est aux temps, maintenant, des filles qui ramènent « petit papa » chez maman, des mecs qui courent les mémés, pour du fric, pour du vice.

On est aux temps, maintenant, des « pssst » dans la rue, «do ma yobalé», des «offre moi un verre, je t’offrirai le paradis».

Les vieux ne font plus de leçons de morale, oubliant les traditions orales, préfèrent encaisser le pognon, fermant les yeux, peu importe d’où il vient, ça chauffera bien la marmite.

Les mères vendent leurs filles. Les pères cherchent le beau-parti .

Que d’amours brisés et sacrifiés sur l’autel du fricbillets du vieux monsieur qui amènera sa p’tite maman dans les sordides motels du vice, avant de la prendre cinq mois pour cinquième, parce qu’il ne voudra pas que l’autre voisin, le vieux pépé là, touche à sa poupée.

On est au temps des «Yeah, j’ai 20 ans, quatre mariages, quatre enterrements, vis seule dans mon appartement, tu prends un verre avec moi ? Viens, viens, monte que j’te prenne dans mes bras, que j’te montre ce que j’ai en bas».

C’est le jeu du chat et de la souris, la proie ayant changé de sexe, sans le savoir, pensant gagner au jeu de la séduction, perdant à tous les coups.

Les temps changent, les sourires innocents se sont transformés en rires calculateurs, génération «yay bagn», «boul ma tardel».

Même les mecs jouent au mbarane, pressé de monter dans la grosse merco de la madame, ou pire du gentil monsieur amateur de jeunes mignons.

Les petit(e)s ne vont plus à l’école, préfèrent tourner au coin de la rue, et finir dans la rue.

Les gazelles sont devenues panthères, se déhanchant sur le strip, mettant genoux à terre, pour pouvoir s’offrir un pied à terre aux Almadies et ne plus puiser de l’eau dans un canari.

Génération «yay bagn» qui se dira un jour, le temps des regrets venu, que les temps ont bien changé.

« L’Air du Temps » – Urbanzine Waaw

Working Ladies

Mon travail me porte à aller très souvent à la rencontre de divers partenaires, clients, fournisseurs.

Au fil du temps, je me suis rendu compte que la plupart de mes interlocuteurs étaient de plus en plus des interlocutrices, des femmes, des working ladies, en d’autres termes, Sénégalaises bon teint, bon bazin.

On assiste ainsi à l’émergence d’une nouvelle classe, se préoccupant peu de la lutte des genres, ne revendiquant pas leurs droits, préférant plutôt acquérir à la force de leur bras ce que nous autres « messieurs » pensons être acquis sans efforts.

 

Ce sont des femmes actives dit-on, évoluant dans des milieux professionnels aussi divers que variés.

Ces Dames ont la plupart suivi une éducation poussée, dépassant les niveaux supérieurs pour aller toucher les cimes des Doctorats et autres MBA.

On trouve également des jeunes demoiselles, fraichement diplômées d’écoles de commerce ou de communication, et qui essaient de se frayer un chemin vers la réussite et un emploi stable, dans l’enfer des stages et autres CDD mal rémunérés.

Je me suis souvent demandé comment ces amazones des temps modernes arrivaient à concilier vie professionnelle et vie privé, boulot, petit-ami, mari, enfants et foyer.

Leur tâche ne doit pas être aisée pour elles, courant entre rendez-vous et marchés, mail urgent à envoyer et dîner à préparer pour nous autres messieurs.

Cela est d’autant plus difficile lorsque le monsieur en question est un « homo senegalensis » bon teint, bon bazin, qui aura oublié toutes les promesses de compréhension et de patience exprimées à sa dulcinée avant le mariage, et ronchonnera, affalé dans son canapé, parce que le repas n’est pas encore servi, les enfants pas encore couchés et ne levant même pas le petit pouce pour y remédier et aider

Elles trouvent néanmoins un peu de temps pour elles-mêmes, ces dames, et ne ratent jamais une occasion d’aller chez le coiffeur, sacrifiant avec grand plaisir à la sacro-sainte séance du week-end au salon, avant tout pour papoter entre copines, crêper verbalement le chignon de la voisine ou de la patronne et se disputer à n’en plus finir sur les réseaux sociaux

Elles trouvent également le temps pour aller au charbon, aux fourneaux, même lorsque rentrées tard, exténuées, elles tiennent à concocter à môsieur ronchon son diner et à bercer le petit dernier.

Elles n’oublient jamais d’aller jamais de faire les courses, d’aller rendre visite à maman, et surtout à LA belle-maman

Elles sont belles, nos femmes, nos Sénégalaises, nos «Adja»jonglant si gracieusement entre vie active, moderne et convenances sociales, entre tailleur strict et taille-basse.

Il faut les voir, ces dames, oreille collée au téléphone, expliquant à la domestique comment préparer le repas de midi, tout en finissant un rapport urgent.

Il faut les voir, ces femmes, au volant, pestant dans les embouteillages, en retard pour aller prendre les enfants.

Elles nous portent à bout de bras, nous autres, « môsieurs », qui pensons toujours que tout nous est acquis. 

Que serions-nous, sans elles, sans leur courage, et leur soutien, quand les temps sont durs, elles oublient les traditions ?

Que serions-nous, sans elles, lorsqu’elles prennent en charge discrètement, avec amourcompréhension et dévouement, les obligations du « borom keur »?

Elles sont belles ces femmes, nos femmes, et surtout fières de pouvoir concilier avec brio foyer et fonctions.

Il faut prendre le temps de les regarder, de les admirer, et surtout de les remercier, car elles sont belles nos femmes…

« L’Air du Temps » – Urbanzine Waaw (initially published February 2011, revised May 2018)

Dédié à ma Mère et à Madame CISSE (AÏDARA Karara)