De l’alternance à l’émergence : naissance d’une « anarchie générationelle »

Il y a quelques années de cela j’écrivais une chronique sur le temps qui passait, l’évolution de ma société et sa transformation progressive en un magma hideux d’excès, de violences, d’inégalités.

J’en étais arrivé à « regretter » le calme « dioufisme » des années socialistes, le train-train formaliste et bien réglé d’une administration qui portait encore « quelques » habits républicains, le peu de civisme qui demeurait encore chez certains, le respect d’un drapeau et des institutions d’une république qui n’était pas encore celle de la rue.

Je me souviens que tout a commencé finalement avec le tunnel de Soumbédioune.

Ce fut la première fois que nous entendîmes parler de « milliards » au km carré.

Au risque de me répéter dans une autre langue, l’alternance a créé une profonde rupture au début des années 2000, et cela personne ne peut le renier. Les modèles d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier, ne sont pas ceux de mon enfance et de mon adolescence.

Ce ne fut pas une évolution douce et positive des mentalités et des comportements, mais la rupture d’un contrat moral dans toutes les couches de notre société, que même nos plus grands sociologies n’auraient pu prédire.

Cette rupture a causé ce désastre moral et culturel que nous vivons aujourd’hui, accentué années après années par de plus en plus d’excès banalisés par une grande partie de la population habituée à se gaver et se délecter de séries médiocres reproduisant toutes les tares de notre société.

L’alternance a créé une rupture, un hiatus générationnel et social et l’émergence est venu accentuer le fossé dans lequel l’Honneur, la Vertu, la Fierté ont été remplacés par la valeur et le prix des choses que l’on aborde et exhibe bêtement pour montrer à son voisin qu’on est mieux loti que lui.

On me dira qu’au moins une certaine « continuité » a été assurée…

Nous vivons le libéralisme dans son expression la plus négative, la plus destructrice, car la vérité est qu’aujourd’hui est le Sénégal est en situation de quasi anarchie, sans aucun respect des institutions (si tant est qu’il en existe encore dans la stricte expression du terme)

A qui la faute me demanderiez – vous ? Pas à ceux qui sont en état de défiance ou de révolte face à l’autorité, mais à ceux qui porte le pouvoir tellement mal, tels des habits trop grands pour eux et qu’ils n’avaient jamais rêvé d’admirer à défaut de pouvoir bien les porter.

Les Millennial sont les enfants de l’alternance et les adultes de l’émergence, ils sont nés avec Wade et ont grandi avec Macky.

Que voulez-vous qu’ils fassent d’autre à part avoir des valeurs qui n’en sont pas?

Comment voulez – vous qu’ils se comportent à part reproduire les mauvais comportements de ceux qui sont supposés leur donner le bon exemple?

Il n’y a plus d’État dans le vrai sens du terme au Sénégal, ni « providence », ni « gendarme », juste un « pouvoir » détenu ou ayant été détenu par des personnes n’ayant jamais véritablement pris conscience de la pleine mesure de leur rôles et responsabilités à l’égard de notre pays.

Ne vous plaignez pas des propos peu châtiés lorsque vous avez été les premiers à les proférer !

Ne vous plaignez pas des casses alors que vous avez été les premiers à descendre dans la rue-publique !

Ne vous plaignez pas de votre jeunesse que vous avez modelé à votre image !

Xam Sa Warëf

Une réponse sur “De l’alternance à l’émergence : naissance d’une « anarchie générationelle »”

  1. Bonjour,

    Votre texte sonne juste a l’oreille de l’engagé et l’enragé que je suls.
    Je trouve ce passage particulièrement illustratif de l’etat du Sénégal.
    « L’alternance a créé une rupture, un hiatus générationnel et social et l’émergence est venu accentuer le fossé dans lequel l’Honneur, la Vertu, la Fierté ont été remplacés par la valeur et le prix des choses que l’on aborde et exhibe bêtement pour montrer à son voisin qu’on est mieux loti que lui. »

    Merci,

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