Karda By Night !

Mon travail m’amène souvent à devoir répondre à des invitations à déjeuner, diner, after-work, sorties nocturnes, soirées de galas, défilés, etc.

Bon, avouons-le, d’une manière générale, et depuis toujours, j’aime sortir, aller vers les gens, dans différents endroits, différents milieux.

Je pense d’ailleurs avoir fait toutes les boites et tous les bars de cette ville…

J’aime discuter et surtout observer la faune nocturne de Dakar, celle qui mue le soir, pressée de tomber les masques, ou d’en porter d’autres, après avoir été enfermée durant toute la journée dans la cage des convenances sociales et professionnelles, des « monsieur ci, madame là ». Continuer la lecture de « Karda By Night ! »

Mi$$ Indép€ndance

Les temps changent, les mœurs aussi, manifestement.

D’une génération à l’autre les codes ont évolués, les gens se sont transformés.

Je me souviens des leçons de morale de ma grand-mère, des vieux, qui, sidérés par ce qu’ils voyaient passer à la télé, disaient « Thiey li », lorsque le jeune homme du film du week-end embrassait la jeune héroïne effarouchée et innocente.

« Couvrez – vous les yeux ! », nous disait-on, nous petits mioches nous donnant des coups de coudes en riant sous cape.

Aujourd’hui, la jeune héroïne n’est plus si effarouchée que ça, ni innocente d’ailleurs, de nos jours c’est plutôt le jeune homme qui aurait à rougir de la hardiesse de la jeune demoiselle.

Ma ville a changé, les gens ont changé, la réalité dépasse la fiction, elle y a puisé ses pires codes, ses plus mauvaises habitudes.

A d’autres temps, d’autres mœurs, me dira-t-on, mais ces mœurs-là me paraissent bien légères, aussi légères que les jupes portées par les demoiselles aux tresses lourdes à la Beyonce.

Avant c’était « dééddét, sama yaye daf ma ko téré », aujourd’hui c’est «yay bagn, fou mou yém nekh, défar ba mou bakh, ba mou kawé !».

La vertu s’est transformée en vice, les parents ne serrent plus la vis, préférant serrer la pince au premier (par)venu avec pleins de billets sous le pardessus.

On est aux temps, maintenant, des filles qui ramènent « petit papa » chez maman, des mecs qui courent les mémés, pour du fric, pour du vice.

On est aux temps, maintenant, des « pssst » dans la rue, «do ma yobalé», des «offre moi un verre, je t’offrirai le paradis».

Les vieux ne font plus de leçons de morale, oubliant les traditions orales, préfèrent encaisser le pognon, fermant les yeux, peu importe d’où il vient, ça chauffera bien la marmite.

Les mères vendent leurs filles. Les pères cherchent le beau-parti .

Que d’amours brisés et sacrifiés sur l’autel du fricbillets du vieux monsieur qui amènera sa p’tite maman dans les sordides motels du vice, avant de la prendre cinq mois pour cinquième, parce qu’il ne voudra pas que l’autre voisin, le vieux pépé là, touche à sa poupée.

On est au temps des «Yeah, j’ai 20 ans, quatre mariages, quatre enterrements, vis seule dans mon appartement, tu prends un verre avec moi ? Viens, viens, monte que j’te prenne dans mes bras, que j’te montre ce que j’ai en bas».

C’est le jeu du chat et de la souris, la proie ayant changé de sexe, sans le savoir, pensant gagner au jeu de la séduction, perdant à tous les coups.

Les temps changent, les sourires innocents se sont transformés en rires calculateurs, génération «yay bagn», «boul ma tardel».

Même les mecs jouent au mbarane, pressé de monter dans la grosse merco de la madame, ou pire du gentil monsieur amateur de jeunes mignons.

Les petit(e)s ne vont plus à l’école, préfèrent tourner au coin de la rue, et finir dans la rue.

Les gazelles sont devenues panthères, se déhanchant sur le strip, mettant genoux à terre, pour pouvoir s’offrir un pied à terre aux Almadies et ne plus puiser de l’eau dans un canari.

Génération «yay bagn» qui se dira un jour, le temps des regrets venu, que les temps ont bien changé.

« L’Air du Temps » – Urbanzine Waaw

Working Ladies

Mon travail me porte à aller très souvent à la rencontre de divers partenaires, clients, fournisseurs.

Au fil du temps, je me suis rendu compte que la plupart de mes interlocuteurs étaient de plus en plus des interlocutrices, des femmes, des working ladies, en d’autres termes, Sénégalaises bon teint, bon bazin.

On assiste ainsi à l’émergence d’une nouvelle classe, se préoccupant peu de la lutte des genres, ne revendiquant pas leurs droits, préférant plutôt acquérir à la force de leur bras ce que nous autres « messieurs » pensons être acquis sans efforts.

 

Ce sont des femmes actives dit-on, évoluant dans des milieux professionnels aussi divers que variés.

Ces Dames ont la plupart suivi une éducation poussée, dépassant les niveaux supérieurs pour aller toucher les cimes des Doctorats et autres MBA.

On trouve également des jeunes demoiselles, fraichement diplômées d’écoles de commerce ou de communication, et qui essaient de se frayer un chemin vers la réussite et un emploi stable, dans l’enfer des stages et autres CDD mal rémunérés.

Je me suis souvent demandé comment ces amazones des temps modernes arrivaient à concilier vie professionnelle et vie privé, boulot, petit-ami, mari, enfants et foyer.

Leur tâche ne doit pas être aisée pour elles, courant entre rendez-vous et marchés, mail urgent à envoyer et dîner à préparer pour nous autres messieurs.

Cela est d’autant plus difficile lorsque le monsieur en question est un « homo senegalensis » bon teint, bon bazin, qui aura oublié toutes les promesses de compréhension et de patience exprimées à sa dulcinée avant le mariage, et ronchonnera, affalé dans son canapé, parce que le repas n’est pas encore servi, les enfants pas encore couchés et ne levant même pas le petit pouce pour y remédier et aider

Elles trouvent néanmoins un peu de temps pour elles-mêmes, ces dames, et ne ratent jamais une occasion d’aller chez le coiffeur, sacrifiant avec grand plaisir à la sacro-sainte séance du week-end au salon, avant tout pour papoter entre copines, crêper verbalement le chignon de la voisine ou de la patronne et se disputer à n’en plus finir sur les réseaux sociaux

Elles trouvent également le temps pour aller au charbon, aux fourneaux, même lorsque rentrées tard, exténuées, elles tiennent à concocter à môsieur ronchon son diner et à bercer le petit dernier.

Elles n’oublient jamais d’aller jamais de faire les courses, d’aller rendre visite à maman, et surtout à LA belle-maman

Elles sont belles, nos femmes, nos Sénégalaises, nos «Adja»jonglant si gracieusement entre vie active, moderne et convenances sociales, entre tailleur strict et taille-basse.

Il faut les voir, ces dames, oreille collée au téléphone, expliquant à la domestique comment préparer le repas de midi, tout en finissant un rapport urgent.

Il faut les voir, ces femmes, au volant, pestant dans les embouteillages, en retard pour aller prendre les enfants.

Elles nous portent à bout de bras, nous autres, « môsieurs », qui pensons toujours que tout nous est acquis. 

Que serions-nous, sans elles, sans leur courage, et leur soutien, quand les temps sont durs, elles oublient les traditions ?

Que serions-nous, sans elles, lorsqu’elles prennent en charge discrètement, avec amourcompréhension et dévouement, les obligations du « borom keur »?

Elles sont belles ces femmes, nos femmes, et surtout fières de pouvoir concilier avec brio foyer et fonctions.

Il faut prendre le temps de les regarder, de les admirer, et surtout de les remercier, car elles sont belles nos femmes…

« L’Air du Temps » – Urbanzine Waaw (initially published February 2011, revised May 2018)

Dédié à ma Mère et à Madame CISSE (AÏDARA Karara)

La sérénade nocturne des gardiens sérères

J’habite dans un petit coin de Dakar, plus précisément près de scat – urbam, entre la VDN et les deux voies de liberté VI extension.

Mon appartement se trouve dans l’enceinte du CICES, sur les terrains qui ont été offerts à certains dignitaires du régime… Suis en location, bien entendu ! Suis pas un ponte de l’alternoce moi !!!

Beaucoup de constructions en cours et nous sommes souvent réveillés les dimanches par le bruit des pelleteuses et machines à béton, des coups de marteaux et autres cris et injures des maçons.

On fait avec, car le quartier est sûr, et en ces temps qui courent mieux vaut mettre bien à l’abri sa petite famille.

La vie est calme, à Dakar, on vit comme on peut, on s’accroche, se bat et avance.

On est heureux de faire partie quand même de la catégorie « ça va juste comme il faut, ni plus, ni moins ». Comme on dit, « niou ngui sant Yalla » d’être « du bon côté de la barrière » (?!?)

On regarde la ville se transformer, les gens changer, on a parfois des regrets des temps passés, on est nostalgique des jours où on se sentait chez soi, dans sa ville, princes d’une ville que nous connaissions comme notre poche, lorsque nous marchions des Maristes à Ouakam, buvions du thé au virage et nous éclations dans une boite qui portait le nom des moyens de transports communément utilisés à Paris.

Aujourd’hui, ndakarou ndiaye ressemble à un fruit trop mûr, qui s’apprête à exploser, et qui laisse suinter des flux de pauvreté extrême et de richesses éhontée. 

Le jour où ma cité va craquer…

Chaque jour on entend des drames, des incendies, des émeutes, des meurtres, des milliards volés, des filles violées.

Instinctivement de plus en plus je verrouille les portes de ma voiture, alors qu’à une époque nous roulions « cheveux au vent ».

Pour le peu qu’il m’en reste aujourd’hui, je préfère les garder sur ma tête, plutôt que d’être scalpé à une intersection par une bande de gamins qui ne voit en moi que ce qu’ils n’ont pas. Thiey, s’ils savaient !!!

Finalement elle n’est plus très calme, cette ville – là.

Et elle est lourde à porter. Je sens son poids chaque fois que je sors d’un avion, de retour de mes « jamais là, viens de partir, arrive bientôt ».

Je sens son atmosphère m’envelopper comme un épais manteau, bien lourd à supporter.

Parfois j’ai envie de me casser, mais c’est ma ville, et je l’aime car elle m’a vu naître et me regarde le sourire en coin essayer de la dominer, de la maitriser, de m’y a-da-p-ter, in-sé- rer, ré-u-ssir, cons-trui-re.

Fatigué des fois, las de vouloir étreindre ses si belles mamelles et de regarder du haut de sa poitrine ses tentacules qui s’étendent au – delà de Diamniadio.

Cette ville a un goût amer, mais j’aime ce goût, comme celui de la noix de cola que croquent à longueur de journée les retraités déchus qui ont vendu toutes leurs maisons aux marchands chinois de pacotilles.

On rentre le soir cassé, d’avoir couru, l’oreille collée au téléphone, stressé.

 

Dieu merci j’adore mon boulot mais il me laisse bien peu de temps pour profiter du reste.

Mais bon, comme l’avait dit l’autre, on passe la première moitié de sa vie à courir, et l’autre moitié à enfin se reposer.

Je me demande si un jour ce temps viendra pour moi…

Certains soirs, dans mon lit, lorsqu’enfin je pose ma tête sur mon oreiller, j’entends juste en bas de chez moi le son d’une guitare.

C’est celle d’un des gardiens sérères du quartier, qui chante de douces mélopées de son village natal.

Autour de lui se rassemblent alors les autres gardiens, qui l’accompagnent en chœur de contralto et sopranos.

Ces chants grimpent à ma fenêtre et me réchauffent, me bercent jusqu’à ce que Morphée me prenne la main.

Et je me dis qu’il n’y a qu’ici, dans cette ville, que je pourrais entendre ces litanies qui apaisent et font qu’après tout, elle n’est pas si mal, ma vie, ma ville.

Et monte la nuit le chant des gardiens sérères, la douce sérénade nocturne de ceux qui veillent sur mon sommeil et mes rêves…

Dakar, 31 mars 2014